Retour en Afrique

En travaillant au sein de plusieurs programmes d’Initiatives et Changement au Kenya (Campagne pour des élections propres, Kenya I care, Paix durable et réconciliation), elle s’était vue confrontée aux problèmes du tribalisme et de la violence. Elle s’est rendue ensuite pendant plus d’un an en Australie, en Inde et dans d’autres pays d’Asie pour suivre le programme de formation « Action for life » .

Après plus d’une année loin de l’Afrique, c’est avec enthousiasme que je me suis retrouvée en Ethiopie. Ce n’était pas encore mon cher pays, et Dieu sait si je suis une fière Africaine, mais au moins je foulais le sol de mon continent. Mes sept mois et demi de participation au programme Action for life, qui veut former de futurs responsables munis de foi et d’intégrité, m’ont convaincue que le monde pouvait changer pour le mieux et qu’il fallait simplement que je fasse, moi, de mon mieux, là où je suis, avec les moyens qui sont les miens.

Ce qui a rendu mon retour particulièrement excitant, c’est qu’en Ethiopie j’ai rencontré un groupe de jeunes Africains qui partageaient ma passion pour que l’Afrique devienne ce que rêvent les Africains eux-mêmes, et le monde aussi. Le programme qui nous a rassemblés, Harambee Africa, a été mis sur pied pour conduire les jeunes du continent vers un comportement et une prise de responsabilité éthiques, pour qu’ils deviennent des acteurs de changement.

J’avais toujours espéré rencontrer des Africains de ce type, de comprendre ce qui les motive et ce qu’ils espèrent d’un continent dont la réputation et l’image sont si médiocres. Y avait-il donc de jeunes Africains doués d’un tel espoir ?

Jour après jour, je n’étais que sourires. De tous les coins de l’Afrique venaient vers moi des perspectives et des raisons d’espérer. Oui, la pauvreté, la maladie, la corruption, la guerre étreignent notre cher continent. Mais le cours de l’histoire peut changer et nous sommes arrivés à une vision commune : « Une Afrique vibrante du point de vue économique, saine écologiquement et socialement rassembleuse. Un continent dont les habitants célèbreront leur héritage culturel et leur diversité, exportateurs d’espoir pour le monde.

Nous sommes conscients du fait qu’une telle vision ne pouvait devenir réalité que si nous vivions cet esprit dans nos propres vies. A chacun d’entre nous de réfléchir et d’imaginer sa propre contribution.

Premier sujet de nos discussions : pourquoi les jeunes Africains veulent aller en Occident? On peut trouver bien des raisons et des justifications. Pour ma part, je me dis que si nous fuyons et ne revenons pas pour raccommoder notre continent, qui fera ce travail ? Je n’en veux pas à mes compatriotes d’aller faire leurs études ailleurs, vers de plus verts pâturages. Mais rappelons-nous d’où nous venons et de la tâche à accomplir pour faire de nos pays des lieux attirants pour nous et pour les générations futures. Comme l’a dit l’une d’entre nous, « L’histoire nous interrogera : Qu’avez-vous fait ? »

Un Burundais vivant en Suède et en visite en Ethiopie m’a touché au plus profond du cœur quand il m’a dit : « Les Africains sont les personnes les plus malheureuses, qu’ils soient chez eux ou ailleurs. » Je ne pouvais qu’être d’accord. Quand nous sommes chez nous, nous rêvons d’être ailleurs. Et quand nous sommes ailleurs, la vie n’est pas ce que nous attendions, car nous continuons à être traités en Africains, avec tout ce que cela évoque en termes d’échecs et de calamités. Alors, mentalement, c’est comme si nous étions encore en Afrique !

Si nous pouvions faire de nos pays des endroits où il fait bon vivre, alors nous nous porterions mieux, que ce soit ici ou ailleurs. Mais, cela, bien sûr, requiert de notre part sacrifices, engagement et travail exigeant.

Finalement, je me suis retrouvée dans mon beau et grand pays, le Kenya. Le pays auquel j’espère apporter des outils de changement et l’inspiration que m’ont donnée mes séjours au loin.

Ma famille et mes amis étaient heureux de me voir revenir, mais ils n’ont pu résister à me demander: « Pourquoi es-tu revenue ici, avec tous les problèmes que nous connaissons ? Tu aurais dû rester à l’étranger et te remplir les poches.» Quand je leur ai parlé de mon amour pour mon pays et de mon désir de contribuer à son développement, ils m’ont rétorqué que le Kenya est sans espoir, qu’il ne changera jamais. Quand j’ai dit que je voulais voir mon pays débarrassé de la corruption, un homme d’affaires m’a répondu : «Si je ne participe pas à la corruption, mes affaires iront mal et je ne pourrai pas survivre.

2012 approche, l’année des élections générales au Kenya. Cela m’afflige d’entendre des gens jurer qu’ils ne voteront plus. Je comprends leurs frustrations, particulièrement après les violences qui ont suivi celles de 2007-2008. Mais la réalité est la suivante : ce sont ceux qui ne votent pas qui font élire de mauvais dirigeants.

Je ne suis pas dépitée. Je garde mon espoir et ma foi. Je sais qu’il y a des gens qui travaillent dur pour faire progresser le Kenya. Nous avons beaucoup à faire, spécialement pour changer la mentalité des gens, afin que nous arrivions collectivement à sortir de nos zones de confort, de notre cupidité et de notre égoïsme.

 

N.B : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement.