Débat le 12 février : La République au risque de la diversité

COP 15 conference in Copenhagen

Vendredi 12 février, Initiatives et Changement a organisé une conférence-débat autour des valeurs de la République à l’Espace Jean Monnet à Paris. Tareq Oubrou - imam de la Mosquée de Bordeaux, théologien et écrivain, et Charles Conte - chargé de mission « Etudes et Recherches Laïcité-Egalité-Diversité » à la Ligue de l’enseignement, ont lancé le débat.

Charles Conte, a précisé que la laïcité est un principe politique, mais également un concept philosophique et que la diversité constitue, elle, un fait sociologique. Il est revenu sur les cinq moments importants qui ont marqué l’histoire de la France : la révolution française qui représente le moment fondateur de la laïcité ; l’étape de la laïcisation de l’école française en 1880 ; la loi de 1905, loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, se fondant sur le principe de la liberté de conscience. Aujourd’hui la France est devenue une société multiculturelle, comment la laïcité répond-t-elle au défi de cette nouvelle société ?

Face à la présence en France de 10 millions de personnes originaires d’Afrique ou d’Asie, Charles Conte confirme que dans ce contexte, la laïcité peut être considérée comme une garantie de la diversité. Et même si elle est née au départ dans un but d’émancipation du pouvoir du clergé, aujourd’hui, la laïcité peut être étendue aux questions culturelles.

Tareq Oubrou a précisé que la laïcité n’est qu’une des dimensions de la République. Au cours de son intervention il a essayé de déplacer le débat au niveau planétaire. Aujourd’hui le constat est le suivant : plus que jamais, l’humanité est marquée par la diversité. Le destin de l’humanité est désormais unifié. Par ailleurs, il relève que nous sommes entrés dans l’ère de l’incertitude. « La philosophie de l’histoire n’est plus portée par le bonheur, mais par l’angoisse et nous vivons dans l’ère du chaos, de l’émotion et de l’indéterminisme. »

Il a souligné également que la souveraineté de la République s’est déplacée, et que la citoyenneté évolue dans une grande identité européenne. Il s’est interrogé sur comment renégocier l’universalisme français ? Or la situation aujourd’hui est catalysée par la présence soudaine et brusque de l’islam. « Il faut procéder à l’archéologie de nos mentalités », a-t-il dit au public. Expliquant qu’il y a en France dans l’imaginaire collectif (chez les non musulmans comme chez les musulmans) l’idée qu’il existe une incompatibilité entre la religion musulmane et les valeurs de la république. Il souligne que la religion doit se vivre en tant que spiritualité, et que c’est en tant qu’éthique qu’elle épousera la civilisation occidentale.

Il a appelé les musulmans à engager un débat intellectuel profond, afin d’introduire le concept de la sécularisation dans l’islam.

Si tout le monde peut-être d'accord sur les valeurs universelles telles que la générosité, la dignité, la justice et l’égalité, ces valeurs s'expriment ou se comprennent différemment selon les cultures. Faudrait-il encore penser ces valeurs en termes dynamique et non en termes statique et de crispation. Il est évident que si ces valeurs portées par les cultures rentrent en conflit, seul le dialogue dans un cadre démocratique et républicain permettra la rencontre et la valorisation de ces cultures.

Jamila Labidi, responsable du programme Initiative Dialogue