Il n’est pas interdit de dialoguer

La Suisse a voté. Mais est-ce vraiment la Suisse ? Est-il encore possible de croire que notre pays est seul au monde et qu’il peut se passer de relations apaisées avec le reste de la planète ? C’est pourtant cette illusion que traduit le vote de 56% de oui au référendum sur les minarets. Nous ne voyons pas plus loin que le bout de nos nez. On pense se protéger, et l’on suscite l’humiliation, on accroît les tensions.

Qu’il existe un problème, des problèmes, c’est évident. L’arrivée en Europe de millions de musulmans est une donnée relativement nouvelle dont les retombées ne peuvent être ignorées. Elle dérange notre confort, nos certitudes. Il faut du temps pour rapprocher les cultures nationales, ethniques ou religieuses. Les uns et les autres doivent changer leurs habitudes. Et ce n’est pas une interdiction ou une loi qui va nous protéger. La peur attire la peur. La seule vraie protection, c’est l’art du dialogue. En France, la construction des grandes mosquées a demandé des années ou même des décennies pour se réaliser. Elle a favorisé un islam modéré. La hauteur des minarets a résulté de longues négociations entre les représentants des communautés musulmanes et les municipalités. Et, dans ce dialogue, des liens de confiance, parfois d’amitié, se sont créés.

Mais à ces tractations officielles, il faut ajouter nos dialogues quotidiens. Aller au-devant de ceux qui sont différents de nous. Saluer nos voisins musulmans pour la fête de l’Aïd (qui se déroulait, cette année, au moment où les Suisses votaient !). Nous préoccuper de ce qu’ »ils » peuvent ressentir. Dans cet échange, « ils » peuvent aussi apprécier ce que « nous » ressentons. En parler franchement, après tout, pourquoi pas ? Et alors, il n’y aurait plus d’« ils » et de « nous ».

Nul ne sait aujourd’hui ce qui va résulter de ce vote irrationnel. D’autres réactions irrationnelles, sans doute. Mais il peut aussi enclencher une réflexion plus mûre, des initiatives innovantes. Et demain, peut-être qu’on aura oublié qu’il y a eu une votation le 29 novembre 2009.

Jean-Jacques Odier

Né à Genève dans une famille de banquiers, Jean-Jacques Odier s’est engagé dès la fin de ses études avec le Réarmement moral – aujourd’hui initiatives et Changement. Il a fondé en 1971 la revue Changer et est l’auteur de plusieurs œuvres théâtrales. Il a publié en 2008 son autobiographie* qui revisite aussi l'évolution du mouvement.

* Jean-Jacques Odier : Nous rêvions de changer le monde. 2008, Editions Ouverture

N.B : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement.